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Vivre
l'entreprise moderne, c'est déjà passionnant : on y
ressent le rythme effréné du monde d'aujourd'hui, fait
de grands moments auxquels succèdent des périodes plus
calmes, où l'on a à peine le temps de reprendre son
souffle que l'on repart vers de nouveaux engouements.
Mais,
lorsque cette entreprise a pour objet la Promotion Immobilière,
ce caractère cyclique apparaît mieux encore et il se
complique d'un phénomène qui est, je crois, propre
à ce secteur.
Vu
de près, au jour le jour, la vie du Promoteur Immobilier
est faite d'à-coups, d'évènements, d'informations
ou de décisions entre lesquels il est malaisé, si
ce n'est impossible de découvrir un lien.
C'est
qu'il croise tant d'aléas sur son chemin, ce Promoteur, tant
de personnes, de groupes à concilier malgré leurs
intérêts souvent divergents, tant d'éléments
à réunir dans son dossier et de verrous à faire
sauter, qu'il doit avancer ses pions sur l'échiquier dans
ce qui, à chaque coup, semble être un parfait désordre.
Et
pourtant, ils existent ce lien et ce désordre, qui disparaissent
lorsque le temps a permis au Promoteur d'accomplir sa manuvre
d'ensemble.
Avec
le recul nécessaire, on peut enfin voir comment ce puzzle
incohérent devient un plan, ce plan que le Promoteur voyait
depuis longtemps, et qu'il a dû mille fois décrire
à ceux qui ne partageaient pas sa double vue.
Puis,
le plan s'efface, le Promoteur peut enfin admirer son oeuvre, cet
immeuble que personne ne pourra jamais voir du même oeil que
lui, parce que personne ne sait ce que chaque brique a coûté
de peines.
Le
visionnaire des siècles derniers était poète,
celui des siècles prochains est Promoteur Immobilier. Une
différence essentielle les distingue toutefois : s'il était
seul, le poète manquait de lecteurs mais il pouvait néanmoins
écrire. Le Promoteur lui ne peut rien sans cette équipe
de collaborateurs qu'il a choisie, dont chaque jour il entend les
conseils et avec lesquels il partage les difficultés et les
angoisses, mais aussi la satisfaction d'admirer l'uvre commune.
Et
ce n'est pas la limite du Promoteur, c'est sa force !
Liège,
le 30 septembre 1974
Pierre
E. YANS
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